Tourisme autochtone : Penser en dehors de la boîte, à l’intérieur du cercle


Grand Entry at the 2017 International Aboriginal Tourism Conference | Grande entrée au Congrès international du tourisme autochtone 2017

Par Kim Gray

Au début de novembre, j’ai eu le privilège d’assister au 6ème Congrès international du tourisme autochtone — co-organisée par la nation Tsuut’ina sur le territoire traditionnel du traité no.7.

Le thème de cet événement extraordinaire, qui s’est tenu au Grey Eagle Resort & Casino à Calgary, en Alberta, était « Faire entendre nos voix : bâtir l’économie grâce au tourisme autochtone et aux histoires des communautés ».

Le maître de cérémonie Hal Eagletail de la nation Tsuut’ina maintenait un rythme soutenu (et intéressant!) et il y avait une véritable effervescence tout au long du congrès de deux jours qui a accueilli un nombre record de plus de 500 participants incluant les membres des communautés des Premières Nations, Inuits et Métis ainsi que les organisations touristiques autochtones et non-autochtones ayant une ouverture mondiale.

Selfie avec M. Keith Henry, président-directeur général de l’ATAC | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

Devant un public captivé le jour d’ouverture, le conférencier invité le sénateur Murray Sinclair, ancien commissaire en chef de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, a déclaré que, lorsqu’il s’agit du tourisme, les peuples autochtones doivent « penser en dehors de la boîte tout en restant dans le cercle ».

« En tant qu’Autochtones, nous avons survécu à une période horrible de l’histoire de notre pays. Cela a causé un dysfonctionnement, fait du mal à nos cultures et créé une fausse perception des peuples autochtones. Nos luttes sont le reflet de ce qui nous a été fait, et non de qui nous sommes », a déclaré le sénateur Sinclair lors d’un discours émouvant.

« Nous sommes un peuple qui se remet encore, et nous essayons de trouver notre chemin dans un monde où nous aurions pu être plus que ce que nous sommes aujourd’hui. Nous devons nous réconcilier avec notre histoire et aller de l’avant. Nous avons survécu, et maintenant nous irons vers la prospérité. »

Même si les peoples autochtones du Canada sont issus de milieux différents, selon le sénateur Sinclair, ils sont spéciaux car ils étaient les premiers ici — « nous avons la terre sous nos pieds et nous avons été placés ici pour en prendre soin. »

Lorsque le Canada, en tant que nation, parle des raisons pour lesquelles les gens devraient venir visiter, selon le sénateur, les peuples autochtones, doivent, selon leurs propres conditions, faire partie de la discussion.

Il déclara ensuite avec des étincelles dans les yeux — « Après tout, compte tenu des dernières estimations, cela fait seulement 100 000 ans que nous sommes ici. »

Le sénateur Murray Sinclair | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

Tout au long du congrès, il a été clairement souligné que les partenariats avec les principales parties prenantes sont essentiels au succès du tourisme autochtone au Canada.

Les partenaires et collaborateurs de cet événement incluaient des acteurs clés— la Première Nation Tsuut’ina  en tant que co-organisatrice, ainsi que Destination CanadaAffaires autochtones et du Nord Canada (AANC)Parcs Canadale gouvernement de l’AlbertaTravel AlbertaTourism Victoria, la World Indigenous Tourism Alliancel’Association de l’industrie touristique du Canada (AITC)l’Adventure Travel Trade AssociationTourism CalgaryTourism EdmontonTourism Saskatoon et le Calgary Stampede.

Outre le principal événement de deux jours (le 7 et 8 novembre), un rassemblement pré-congrès axé sur l’Alberta a réuni 200 participants qui se sont mobilisés pour la création d’une association touristique autochtone menée par les entrepreneurs touristiques autochtones en Alberta (à l’image des associations similaires en plein essor en Colombie-Britannique et au Québec).

« On ressent une grande force quand on se réunit », a déclaré Mme Brenda Holder de Mahikan Trails à Canmore, en Alberta et membre du conseil d’administration de l’ATAC. L’ATAC a recensé 86 entreprises touristiques autochtones prêtes à l’exportation dans la province et a offert un soutien financier s’étalant sur trois années ainsi qu’un cadre pour assurer le succès de la nouvelle association.

Au cours d’une conversation avec Mme Élisabeth Lacoursière – directrice (diffusion externe et marketing) chez Parcs Canada et participante au congrès – j’ai appris que Parcs Canada établit des relations avec ses partenaires autochtones depuis des années et que ces alliances continuent d’évoluer.

« Nous travaillons déjà avec plus de 300 communautés autochtones à travers le pays. Les connaissances traditionnelles contribuent régulièrement à la recherche, à la conservation, au suivi, à la sécurité et à l’expérience des visiteurs et aux efforts de gestion des actifs sur le terrain », a expliqué Mme Lacoursière.

« Aujourd’hui, nous sommes heureux de collaborer avec l’ATAC pour poursuivre le développement et le marketing de l’offre touristique afin de soutenir la croissance du tourisme autochtone au Canada. »

Renie Arey, Aîné inuvialuit d’Aklavik, Parc national Ivvavik | Photo gracieuseté de Parcs Canada

Mme Lacoursière a cité plusieurs exemples de partenariats fructueux et opérationnels entre Parcs Canada et les communautés autochtones — incluant le camp de base arctique du Parc national Ivvavik au Yukon qui a été développé en collaboration avec l’Aklavik Community Corporation; les programmes d’interprétation avec la Réserve de parc national Gwaii Haanas aux côtés de la nation Haïda de la Colombie-Britannique; et l’expérience de camping patrimonial au Lieu historique national Rocky Mountain House en Alberta qui est offerte en collaboration avec Métis Local 845, la Confluence Heritage Society et la Kis Sai Wah Toe Tat Towin Society.

Centre culturel Spotted Elk (espace Brown Bear Woman Events) | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

Les délégués du congrès étaient également invités à découvrir le Painted Warriors Ranch, le centre culturel Spotted Elk (espace Brown Bear Woman Events), le Tsuut’ina Nation Culture/Museum et à réseauter lors d’un cercle de discussion.

Un marché d’artisanat autochtone, mettant en vedette des produits de qualité à vendre, faisait la joie des délégués qui effectuaient leurs achats entre les présentations des conférenciers.

Parmi les nombreux attraits du marché, il y avait une magnifique collection d’œuvres d’art et d’artisanat de la galerie I-Hos de l’île de Vancouver (oui, j’ai peut-être acheté une cravate en soie avec un motif d’orque), des chauffe-mains doux en fourrure de castor d’Aurora Heat des Territoires du Nord-Ouest et du café savoureux, fraîchement torréfié, des gens amicaux de la Spirit Bear Coffee Company.

Marché au CITA | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

Quand je lui ai demandé la raison de sa participation, le délégué Todd Labrador, un fabricant de canots en écorce de bouleau de la septième génération originaire de la Première Nation Wildcat de Queens County, en Nouvelle-Écosse, a affirmé que le congrès était important pour lui étant donné son rôle de représentant de la Première Nation Micmac.

« C’était important de rencontrer de nouveaux gens, de se faire de nouveaux contacts, d’écouter et d’apprendre des succès et des défis des autres, et de ramener ces informations à mes communautés », a déclaré M. Labrador, qui vient d’être nommé artiste autochtone de l’année par Creative Nova Scotia.

Lui et d’autres ont été inspirés par les conférenciers comme l’entrepreneur Kylik Kisoun-Taylor de Tundra North Tours qui a conquis les délégués avec son approche enthousiaste envers les affaires.

« J’aime ce que je fais. Les gens me demandent ‘T’es pas fatigué?’ Je réponds ‘Certainement pas. Je fais ce qui me passionne!’ »

Que conseille M. Kisoun Taylor à d’autres entrepreneurs touristiques en herbe? «  Habillez-vous bien. Démarquez-vous. Si quelqu’un croit en vous, investit en vous, alors respectez votre engagement du mieux que vous le pouvez », a-t-il-dit. « Vous devez avoir un sens du professionnalisme. »

Mme Dené Sinclair, directrice marketing de l’ATAC, a donné des conseils utiles sur la façon dont les entrepreneurs peuvent se préparer pour la mise en marché et l’exportation (pour que l’ATAC puisse faire le marketing de leurs entreprises touristiques en toute confiance au niveau national et international).

« Citez votre nation dans votre matériel marketing, utilisez des images de qualité et mettez des gens dans ces images. Mettez en valeur vos conteurs », a conseillé Mme Sinclair, invitant également son auditoire à consulter les lignes directrices nationales détaillées de l’ATAC.

« Décidez comment votre communauté veut être représentée », a ajouté Mme Sinclair. « Mettez l’accent sur ce qui rend votre entreprise unique et différente et rendez-la intéressante et extraordinaire. »

Un moment fort du congrès a été le discours de Cowboy Smithx – cinéaste pied-noir et conférencier invité, intellectuel féroce mais optimiste qui s’intéresse à l’identité autochtone et à un avenir sain pour la planète.

Cowboy Smithx | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

« Le tourisme autochtone peut avoir du succès si l’accent est mis sur tout ce qui est durable. Ensuite, la prochaine étape est l’authenticité. Quand vous alignez ces intentions, vous vous préparez à réussir », a déclaré M.Smithz, fondateur de REDx Talks.

« Cependant, vous devez prendre en considération les réverbérations des fréquences de la terre. C’est ce qui manque dans le spectre canadien de l’identité. Les peuples autochtones ont le mot de passe Wi-Fi pour la nature, mais les Canadiens reconnaissent rarement les liens des Autochtones », a continué le cinéaste, en ajoutant qu’il a grandi dans le sud de l’Alberta en tant que minorité et étranger sur son propre territoire. « Une expérience psychologique qui pose des défis à l’enfant qui doit naviguer ces eaux troubles. »

« C’est le seul endroit sur la planète où vous trouverez ces liens spécifiques. Vous ne pouvez pas aller en Afrique pour découvrir les Haïda ou en Europe pour découvrir les Mohawk. Et, vous ne pouvez pas apprendre sur les Pieds-Noirs en Asie. Nous avons attendu d’avoir l’occasion d’activer nos connaissances. Nous voulons voir la société prospérer et nous entraider. Le tourisme peut servir de modèle. Nous avons la chance de bâtir un véritable pays, mais ce Canada-là est encore à être déterminé. »

Selon M. Smithx, les gens devraient prendre en considération les prochaines générations lors de la prise des décisions, et se comporter comme «  des ancêtres responsables du futur ».

Spectacle culturel au Gala des Prix Tourisme Autochtone | Photo par Neil Zeller. Gracieuseté de l’ATAC

Le Congrès international du tourisme autochtone 2017 s’est terminé avec des spectacles de danse de la nation Tsuut’ina, de la musique par le groupe Blue Moon Marquee et un gala de remise de prix.

J’ai récemment visité le Spirit Bear Lodge qui se trouve dans la forêt pluviale de Great Bear, souvent appelée le Galapagos du Canada. C’était donc excitant de voir cette entreprise exceptionnelle, qui est gérée par une communauté, remporter le Prix Aventure autochtone. (Croyez-moi, vous devez visiter cet endroit magique.)

Le prix de la meilleure campagne marketing de l’année a été décerné au Summer Solstice Indigenous Festival 2017 et celui de l’entreprise la plus améliorée de l’année à Tourisme Wendake. Scott Hudson du Northern Lights Dog Sledding a, quant à lui, remporté le prix de l’ambassadeur culturel le plus inspirant.

Ici en Alberta, Spotted Elk Camps a gagné le prix de l’expérience culturelle autochtone intérieure, alors que Mahikan Trails et Painted Warriors ont tous les deux remporté le prix de l’expérience culturelle autochtone extérieure. Le prix de l’hébergement autochtone (Alberta) a été décerné au Grey Eagle Resort et celui de l’artiste/événement autochtone a été remis à Moonstone Creation.

Le Congrès international du tourisme autochtone 2017 était une ambitieuse réussite. La barre était d’autant plus haute suite à l’excellent événement de l’année dernière en Nouvelle-Écosse.

Il va sans dire que le mouvement du tourisme autochtone a rapidement pris de l’ampleur et la dynamique est impressionnante. Avec cette observation, il est logique de donner le dernier mot à M. Keith Henry, président-directeur général de l’ATAC.

« Nous devons nous engager à être le meilleur possible », a déclaré l’un des chefs de file les plus enthousiastes du tourisme autochtone à la salle comble de délégués du congrès.

« Les gens veulent une expérience extraordinaire. C’est notre boulot. »



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